Extrait de "Secrets de Pourpre"

 


Romain sent un mystère dans le grenier familial, entre ses vieux murs de pierre et ses poutres craquantes. Dès ses premiers pas dans cet univers assoupi, parmi les caisses et les meubles déposés au fil des années, il l'a flairé dans l’air qui vibrait sur son passage.
Trompant la surveillance de sa mère occupée à ramasser des feuilles mortes dans le jardin, le petit garçon grimpe l’escalier quatre à quatre. Malgré ses précautions, les gonds rouillés de la vieille porte coulissent dans un grincement aussi aigu qu'intempestif. D'un pas rapide et décidé, insensible aux courants d’air et à la grisaille poussiéreuse du grenier, Romain se dirige vers une boîte posée sur un guéridon. Sous son couvercle vitré brillent des coquillages dentelés et ocres alignés en trois colonnes de quatre. Au-dessus, une lucarne laisse passer du jour. D'un geste de magicien vu à la télévision, gravement, les mains de l'enfant survolent le verre protecteur.
Alors revient cette brise légèrement odorante que Romain avait sentie à sa dernière visite. Le bruissement d'une eau clapotante et une sorte de gémissement grinçant et régulier l'accompagnent. Bientôt, un fleuve sinue sous ses yeux. Une barque aux formes étranges gagne lentement l'autre rive... Soudain, les images se retirent, aspirées par la voix inquiète de sa mère.
" J'ai entendu la porte du grenier et je me demandais qui était monté. "
Florence s'approche de lui, ses bras s'ouvrent, mais l'enfant s’écarte. Elle aussi vient là quelquefois sans rien demander à personne !
" Je cherchais un cahier que je croyais avoir perdu, explique-t-elle, troublée par la froideur de Romain... Mais toi, qu'est-ce que tu fais là à côté de ces coquillages ? "
Jamais il n'a été aussi inaccessible qu'en cet instant. Ebranlée par la résurgence du passé dont elle devine la présence et par la farouche détermination de son fils, elle lâche d'une voix sourde :
" Moi qui pensais que tout ça était fini. "